Le fonds souverain saoudien PIF réfléchirait à rapprocher EA Games et Savvy Games Group, son autre mastodonte du gaming. Une opération qui réunirait sous une même bannière Battlefield, EA Sports FC, Les Sims, Pokémon GO ou encore Monopoly GO!. Rien que ça.

Le mercato des éditeurs de jeux vidéo n’est visiblement jamais terminé.
Le 4 août dernier, Electronic Arts confirmait officiellement la finalisation de son acquisition par un consortium réunissant le Public Investment Fund saoudien (PIF), Silver Lake et Affinity Partners. Une opération colossale estimée à environ 55 milliards de dollars, ayant notamment entraîné le retrait d’EA de la Bourse.
À peine plus d’un mois plus tard, une nouvelle étape serait déjà envisagée.
Selon Bloomberg, information depuis reprise par Reuters, le PIF étudierait la possibilité de fusionner EA Games et Savvy Games Group, son groupe spécialisé dans le jeu vidéo et l’esport. Aucune décision définitive n’aurait cependant encore été prise.
EA Games et Savvy : ce serait énorme
Sur le papier, difficile de faire beaucoup plus impressionnant.
D’un côté, Electronic Arts, avec quelques-unes des licences les plus importantes de l’industrie :
EA Sports FC, Battlefield, Les Sims, Apex Legends, Madden NFL, Need for Speed, F1, Dragon Age ou encore Plants vs. Zombies. EA annonçait d’ailleurs environ 7,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires sur son exercice fiscal 2026.
De l’autre, Savvy Games Group, société détenue par le PIF et qui a progressivement assemblé un portefeuille absolument gigantesque.
Savvy possède notamment Scopely, racheté en 2023 pour 4,9 milliards de dollars, ainsi que l’ESL FACEIT Group dans l’esport. Et Scopely n’est plus vraiment un petit acteur du jeu mobile : la société exploite notamment Monopoly GO! et a finalisé en mai 2025 le rachat pour 3,5 milliards de dollars des activités gaming de Niantic, récupérant au passage Pokémon GO, Pikmin Bloom et Monster Hunter Now.
Mettez tout cela dans le même panier et vous obtenez un groupe capable de toucher presque toutes les cases du bingo vidéoludique : PC, consoles, jeux de sport, free-to-play, mobile, licences internationales, jeux-service et esport.
Ça commence à faire beaucoup de pixels dans le même immeuble.

Pourquoi fusionner les deux groupes ?
C’est sans doute là que cette information devient plus intéressante qu’un simple jeu de Monopoly à plusieurs milliards.
Le PIF pourrait conserver EA Games et Savvy Games comme deux structures indépendantes. Mais les réunir permettrait théoriquement de mieux coordonner les investissements, les technologies, les acquisitions et les différentes activités gaming du fonds.
Le jeu vidéo et l’esport font d’ailleurs officiellement partie des secteurs prioritaires du PIF, dans le cadre de la diversification économique de l’Arabie saoudite.
Et le puzzle assemblé commence à devenir assez clair.
Electronic Arts apporte une immense puissance sur console et PC, particulièrement avec ses licences sportives et ses productions AAA.
Scopely apporte une expertise massive dans le mobile et les jeux conçus pour fonctionner pendant des années.
ESL FACEIT apporte l’esport et l’événementiel compétitif.
Et Savvy continue parallèlement ses acquisitions.
Le résultat pourrait donc être beaucoup plus qu’un très gros éditeur : un groupe capable d’être présent sur presque toute la chaîne de valeur du jeu vidéo moderne.

Mais la fusion est encore loin d’être faite
Petit coup de frein avant d’imaginer Pokémon GO distribuer des Battle Pass Battlefield.
Pour le moment, nous parlons bien d’un projet étudié, pas d’une fusion annoncée.
Reuters précise que ni Electronic Arts ni Savvy Games n’ont commenté l’information et que le PIF a également refusé de commenter. Surtout, une éventuelle opération ne devrait pas intervenir avant la finalisation du rachat de Moonton par Savvy, une autre transaction évaluée à environ 6 milliards de dollars.
Moonton est notamment connu pour Mobile Legends: Bang Bang, ce qui renforcerait encore un peu plus la présence de Savvy dans le jeu mobile.
Et forcément, une fusion d’une telle ampleur risquerait également d’attirer l’attention des autorités de la concurrence. Les régulateurs surveillent désormais particulièrement les méga-acquisitions du jeu vidéo, comme l’a déjà montré le feuilleton autour du rachat d’Activision Blizzard par Microsoft.

Vers un nouveau mastodonte mondial du gaming ?
C’est probablement la vraie question.
Pendant longtemps, lorsque l’on parlait des géants du jeu vidéo, quelques noms revenaient systématiquement : Microsoft, Sony, Nintendo, Tencent ou encore Activision Blizzard.
L’Arabie saoudite est en train de construire quelque chose de différent.
Pas forcément autour d’une console ou d’une plateforme maison, mais en accumulant progressivement éditeurs, studios, jeux mobiles, esport et participations stratégiques.
Et réunir Electronic Arts et Savvy Games Group serait probablement le symbole le plus spectaculaire de cette stratégie.
Pour les joueurs, rien ne change aujourd’hui. Aucune annonce concernant les studios, les jeux ou les licences d’EA n’accompagne ces discussions.
Mais côté business, le message est beaucoup plus intéressant : le gigantesque rachat d’EA Games et Savvy pourrait ne pas avoir été la finalité du projet, mais seulement une pièce de plus dans un ensemble beaucoup plus vaste.
Et vu les sommes en jeu, cette partie-là mérite clairement d’être suivie.

